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Etudiant en master 2 de sciences politiques à l'Institut Catholique d'Etudes Supérieures à La Roche sur Yon, je voudrai me consacrer à la philosophie politique.

mercredi 20 octobre 2010

Morale et conscience : le faux dilemme

On se plaint souvent du manque d’éthique au sein de notre société : en politique, en économie ou encore dans nos relations avec autrui. C’est pourquoi l’on voit fleurir un peu partout des commissions, des magazines, des espaces « éthiques ». Pourquoi ce nouvel engouement autour de l’éthique ?

Il faut dire que l’éthique souffre d’une sérieuse concurrente, plus diffuse et donc plus facile à imposer : la morale. Il suffit pour s’en convaincre de prêter l’oreille au concert de remontrances incantatoires dont les médias se font quotidiennement les porte-voix. Certains nostalgiques réactionnaires se plaignent d’un ton bougon qu’il « n’y a plus de morale » et rêvent à un passé idéalisé sans voir que notre époque est plus morale que jamais. Au « tout politique » de mai 68 a succédé le « tout morale ». Sur le terreau des idéologies révolutionnaires a germé un esprit moralisateur qui n’a de cesse de professer ses nouveaux dogmes : écologie, antiracisme, tolérance des mœurs… Mais la morale ne se professe pas, elle se vit et se donne en exemple.

C’est précisément lorsqu’elle s’enlise dans un pathos erratique qu’elle devient mièvrerie compassionnelle et s’éloigne du quotidien des classes moyennes jugé trop bourgeois. La morale postmoderne sacrifie la raison sur l’autel de l’émotionnel.

L’éthique, entendue comme une réflexion en conscience conduisant à une décision estimée bonne, est devenue, à l’inverse, un chemin de grâce accessible à une poignée d’élu. C’est la position du spinoziste André Comte-Sponville qui voit dans l’éthique l’exercice suprême dont seule une minorité peut se targuer et jette en pâture la morale à un peuple bêlant, incapable d’approcher le graal de la réflexion éthique. Cette attitude est donc doublement exclusive : elle fait de l’éthique l’apanage d’une élite de sages, et, elle commande un choix entre l’éthique et la morale, l’une excluant ipso facto l’autre.

Détacher de la sorte éthique et morale comporte, là encore, un double danger. L’éthique seule ne conduit qu’à une réflexion solitaire et très vite relativiste, car privée de repères communs. Son relativisme tend par ailleurs à se dogmatiser au point de ne plus pouvoir se remettre lui-même en cause. Quant à la morale seule, privée du soubassement de la réflexion éthique, elle n’a plus la faculté d’établir quoique se soit de contraignant. Le temps aidant, ses principes s’effritent et sont battus en brèche de toutes parts.

L’éthique ne serait-elle pas plutôt la réflexion en conscience qui permet de fonder la morale sur un socle à la fois plus stable et plus profond que des émotions éphémères ? La morale ne devrait-elle pas être, à l’inverse, le moyen d’universaliser la réflexion éthique ? Il semble en effet que toutes deux se complètent et se prémunissent contre leurs vices respectifs. Alors que le dialogue avec la conscience nous défend du dogmatise de la morale, l’inhérente dimension universelle de la morale nous garantit contre la faillibilité de notre conscience.

A l’heure où la démocratie est en proie à la toute-puissance de l’opinion dominante, cet équilibre entre éthique et morale est certainement le garde-fou de nos sociétés. En mettant sous le boisseau l’objection de conscience, le Conseil de l’Europe a bien failli limer un peu plus cette barrière déjà branlante dont Nietzsche avait perçu toute la précarité : « La conscience est la dernière et la plus tardive évolution de la vie organique et par conséquent ce qu'il y a de moins accomplie et de plus fragile en elle ».

dimanche 3 janvier 2010

Pourquoi l'Eglise condamne l'usage du préservatif

On voyait récemment dans une publicité anglaise de prévention contre le SIDA le slogan suivant: « Want respect ? Use a condom ». Le préservatif, en effet, est considéré comme la meilleure protection contre le SIDA, on aurait donc tendance à croire qu’il est inconscient de ne pas l’utiliser. On pourrait a fortiori comprendre le tollé soulevé par les positions de l’Église qui, en condamnant la contraception, semble condamner du même coup nombre d’Africains. Mais cette position n’est pas aussi indéfendable que l’on voudrait nous le faire croire.
On enferme, en effet, la situation des Africains (mais cela vaut pour le reste du genre humain) dans un choix réducteur : s’ils n’utilisent pas de préservatifs ils mourront par millions car ils ne peuvent s’empêcher d’être infidèle ou incontinent. Il faut donc utiliser ce moyen qui n’empêchera pas le libertinage sexuel mais au moins sauvera la vie de ces personnes. Cependant, l’Église considère que ce vagabondage n’est pas bon pour l’homme car ce dernier, selon elle, a une valeur autrement supérieure. Elle ne l’invente pas ex nihilo mais tire cette conclusion en observant l’acte en lui-même et ses conséquences.

L’homme ou la femme, tout d’abord, en changeant régulièrement de partenaire, en vient à considérer l’autre comme un simple objet sexuel qui assouvit des pulsions non contrôlés et le dénature en niant sa liberté d’homme raisonnable. Il devient alors esclave de ses pulsions. Qui niera qu’il n’est pas meilleur pour la stabilité de l’homme de rester fidèle à une personne ? Les « ex » que l’on traine partout ne manquent pas de susciter de difficiles histoires de cœurs et de jalousie. De même, la frontière entre l’ami et le potentiel partenaire sexuel, en s’amincissant, brouille l’authenticité du lien qui unit de véritables amis. Quel homme, à la fin de ses jours, est heureux d’avoir multiplié les brèves conquêtes sans avoir jamais pu approfondir une relation avec le temps que cela nécessite ? Le bonheur n’est pas dans l’éparpillement et la superficialité mais dans l’engagement sur le long terme.
Enfin, rappelons que si la protection contraceptive du préservatif est relativement haute, elle est bien moindre quant à la prophylaxie anti-sida. C’est ce que Benoît XVI a voulu souligner lorsqu’il affirmait que le préservatif n’était pas une solution à long terme en Afrique.

Qui blâmera alors l’Église de considérer que l’acte sexuel est avant tout un acte d’amour que l’on offre à celui ou celle auprès de qui on s’est engagé pour la vie ? On peut ne pas s’en sentir la force mais l’Eglise assure que cela est possible car ce n’est pas un comportement uniquement accessible à quelques « surhommes ». Quant à ceux qui croient véritablement qu’il n’est pas bon de rester toute sa vie avec la même personne qu’ils n’oublient pas que l’acte sexuel, si l’on s’en tient à une observation évidente, a aussi pour vocation la procréation, même si tout acte n’est pas forcément fécond. Utiliser un préservatif, c’est donc renier la condition de l’homme et récuser les responsabilités qu’impose l’acte sexuel. En refusant un partenaire à vie, se pose également la difficulté d’assumer des enfants : qui sera le père ? Le géniteur ou le nouveau conjoint avec qui l’on vit ? Si la famille recomposée est aujourd’hui une réalité commune, elle n’est pas souhaitable pour autant car l’enfant a besoin d’identification claire afin de pouvoir s’enraciner dans une filiation et une histoire. Le priver de cela c’est le mener à une existence chaotique. Trop souvent le désir des parents passe avant les considérations liées à l’enfant. Ne devons nous pas avant tout nous interroger sur la vie que nous lui offrons ?
Citons, enfin, cet extrait du catéchisme de l’Église catholique qui nous édifie sur sa condamnation de la contraception qui se veut avant tout, non pas un interdit, mais une attitude respectueuse : « Au langage qui exprime naturellement la donation réciproque et totale des époux, la contraception oppose un langage objectivement contradictoire selon lequel il ne s’agit plus de se donner totalement l’un à l’autre. Il en découle non seulement le refus positif de l’ouverture à la vie, mais aussi une falsification de la vérité interne de l’amour conjugal, appelé à être un don de la personne tout entière ». Ce discours est aux antipodes de ce que nous enseigne la pensée dominante : de ce point de vue là, utiliser le préservatif, c’est véritablement ne pas respecter l’autre ni soi.

Ainsi, l’Église nous propose une morale qu’elle ne tire pas seulement des préceptes de la Bible, mais qui se fonde sur l’observation, sur l’expérience empirique. Elle ne garantit pas le bonheur mais y contribue et surtout elle est respectueuse de la personne. Cette morale, c’est la place que l’Église fait à l’homme, une place éminemment haute et digne. Elle est fondée sur la chasteté (qui n’est pas la continence) et la reconnaissance de la valeur du prochain.
La morale ne s’impose pas, c’est une proposition. L’Église met en valeur la beauté d’un certain mode de vie respectueux de l’homme, un « chemin de sainteté », c'est-à-dire un guide pour qui veut devenir saint. Elle nous présente comme une bague chatoyante ce trésor qu’est la morale : le choix nous revient de la passer à notre doigt ou de la dédaigner. C’est en sens que Benoit XVI écrivait « Le christianisme, le catholicisme, n'est pas une somme d'interdits, mais une option positive. Et il est très important que cela soit à nouveau visible, car aujourd'hui cette conscience a presque totalement disparu ».
Mais en considérant que les Africains ne sont pas capables de vivre selon ces principes nous péchons par orgueil : puisqu’en Europe nous ne parvenons pas à vivre ainsi nous estimons les Africains incapables d’y parvenir également. C’est une insulte à leur dignité. Certes, les habitudes sont fortement ancrées. Mais c’est justement une des missions des Chrétiens que de travailler à faire évoluer les mœurs dans un sens qui bonifie l’homme. Le choix de cette norme morale, c’est donc la solution de l’Église. Céder sur ce point serait accepter un mal pour un autre. L’un tue la chair, l’autre tue l’âme. 1 On ne fera pas disparaître le SIDA en cherchant des solutions a posteriori mais en s’attaquant à la racine du mal. Au lieu d’une véritable prévention on privilégie la palliation. C’est ce que certains pays d’Afrique ont d’ailleurs compris en stoppant la distribution de préservatifs devant ses pauvres résultats et en privilégiant désormais des campagnes éducatives promouvant la chasteté et la fidélité 2 .


1 On peut effectuer ici un parallèle avec un cas d’école où utiliser le préservatif, mutatis mutandis, correspondrait au choix de torturer un terroriste pour obtenir l’endroit où se cache une bombe en avançant la raison d’État.
2 Des sanctions de l’ONU s’en sont d’ailleurs suivit…

L’Église peut-elle faire sa place au libéralisme ?

Alors que depuis le virage libéral des années 80 la prééminence du modèle économique anglo-saxon ne semblait plus contestable, la crise économique de 2008 a vu les vieux démons interventionnistes refaire surface et le libéralisme réduit à passer sous les fourches caudines du « tout-État » à tel point que tous les journaux titraient alors : « Keynes, l’homme de l’année ». Pour un chrétien, l’éclairage de l’Église sur l’économie ne peut être interprété vers un courant ou l’autre. La dernière encyclique du pape Benoît XVI le confirme, la Doctrine sociale nous livre des impulsions, des réflexions, des exigences qui donnent à la fois tort et raison à l’excès d’interventionnisme d’une part et au libéralisme débridé d’autre part. Il s’agit pour le chrétien de composer entre le droit de toute personne à posséder un relatif bien-être matériel et le respect du principe de subsidiarité, garant de la dignité de l’homme.

Toutefois, si l’Église reste dans son rôle en ne conjecturant pas sur l’idéalité des taux directeurs de la Banque centrale européenne, l’homme politique, lui, à la lumière de ces principes universels conférés par l’Église, doit faire son choix dans la casualité des situations ainsi que le préconisait la vertu prudentielle d’Aristote. Il convient alors de s’engager.

L’analyse couramment véhiculée par de nombreux cercles chrétiens voit dans le choix du modèle économique une corrélation inévitable avec l’évolution des comportements d’une société. Ainsi, au libéralisme économique ferait écho la libération des mœurs, tandis qu’au protectionnisme, à l’interventionnisme, le conservatisme des valeurs. La position de l’Église sur les mœurs étant, a contrario de l’économie, clairement établie – la condamnation du relativisme - le choix apparaîtrait donc évident. Mais cette vision n’est pas satisfaisante. Elle réduit, en effet, l’homme à un être ballotté, soumis au déterminisme de son environnement. Si l’ouverture des frontières charrie un bariolage de culture évident il s’en faut cependant pour affirmer de manière rédhibitoire que celle-ci fait le lit du relativisme. L’homme nait doté d’une volonté morale qui lui permet de poser son être, même seul au cœur d’un océan de courants hostiles. Lui refuser cette force revient à émasculer sa liberté au profit d’un paternalisme qui a tout du pernicieux discours jacobin selon lequel l’homme d’avant-garde avisé se doit de faire le bonheur du peuple malgré lui.

Le second argument généralement avancé par les tenants du conservatisme intégral est de nature plus sociale : le libre-échange mondialisé, en sus de libérer les mœurs, effilerait le tissu social en atomisant les individus. La mondialisation serait ainsi vectrice d’une violence concurrentielle dont les travailleurs subiraient la brutalité de plein fouet. Il est évident que le durcissement des rivalités économiques est dû à l’ouverture des marchés, que la vie au travail est moins paisible depuis l’avènement du modèle libéral. Mais ce dernier porte en lui des remèdes à ses propres maux. Oui, les risques de licenciement sont plus élevés mais les chances de trouver un emploi le sont également. Oui, les exigences de travail sont plus importantes face à la concurrence mais le salarié acquiert ipso facto l’attachement aux résultats de l’entreprise qui n’en fait pas que la « boîte du patron ».

Enfin, troisième argument cherchant à battre en brèche le libéralisme économique : la prééminence accordée au travail et au consumérisme se ferait au détriment d’activités qui promeuvent la quête de sens ontologique à l’homme. Le constat est indéniable : nos sociétés ne sont plus aussi paisibles qu’autrefois, elles sont devenues des sociétés « énervées », coupées des aspirations spirituelles de l’homme. Mais faut-il l’imputer au libéralisme ? Cette mutation ne résulte-t-elle pas plutôt d’un discours doctement professé par la pensée dominante ? Car la perte de cette quête de sens se manifestait bien avant l’avènement du libre-échange. Il semble à tout le moins que se soit la révolution philosophique moderne qui a sapé les fondements de l’aspiration spirituelle propre à l’homme. Les Modernes ont cru pouvoir se passer de ce soubassement à travers, notamment, le positivisme. Sur les décombres de la métaphysique on proclamait alors l’avènement d’un nouvel âge où la liberté se définissait par le bien-être matériel. Le communisme est l’illustration la plus flagrante de cette tentative. Comment le conservatisme intégral explique-t-il le succès du communisme s’il fait du libéralisme le germe qui provoqua la disparition de la quête de sens ? Il semble plutôt que le processus de centration de l’homme sur son seul individu résulte des idées développées par les Modernes.

Ce choix du libéralisme économique n’est pas non plus à absolutiser. Il n’est, tout d’abord, pas incompatible avec une politique stricte de limitation de l’immigration. Et surtout, l’État, en plus de ses fonctions régaliennes, doit pouvoir conserver son rôle de garant d’une économie concurrentielle tout en intervenant lors des crises pour éviter les désastres humains. Comme avait coutume de dire les ordolibéraux du milieu du XXe siècle : «liberté autant que possible, autorité autant que nécessaire». Ce libéralisme ordonné est d’ailleurs la source authentique de ce courant tel que l’ont développé Fréderic Bastiat et John Stuart Mill. Le libéralisme véritable n’est pas cette loi de la jungle comme les censeurs de la doxa cherchent à nous en convaincre. Les véritables anarcho-capitalistes sont une infime minorité.

Pour le reste, Benoit XVI le souligne clairement dans son encyclique Caritas in veritate, l’économie ne se moralisera d’abord que par une bonification des comportements de chacun. C’est la tâche qui incombe aux chrétiens que de travailler en ce sens et de s’élever à ces canons moraux tout en se mettant en demeure de les transmettre à son prochain.

Rappelons tout de même que l’immigration française est en partie due à la somme des allocations allouées aux immigrés qui est plus importante que chez ces voisins ainsi qu’à la Couverture Maladie Universelle (CMU)

mardi 8 décembre 2009

Article du Figaro Madame sur la féminisation de l'homme

L’HOMME EST UNE FEMME COMME LES AUTRES (MADAME LE FIGARO)


ON LUI EMPRUNTE EN DOUCE SA CRÈME EXFOLIANTE OU SON BAUME À LÈVRES ; IL NOUS BRANDIT SON RÉGIME HYPERPROTÉINÉ ENTRE DEUX SÉANCES D’ÉPILATION… LE MÂLE SE SOIGNE ! SERAIT-IL TROP EN PHASE AVEC SA PART DE FÉMINITÉ ?

Paru le 10.10.2009 , par Valérie de Saint-Pierre
IL A MEILLEUR TEINT QUE NOUS

C’est insensé ! Dans les dîners, tout le monde le félicite sur sa belle mine : « Tu es parti en vacances, en week-end… ? » Pendant qu’on fait pâle figure sur le canapé, lui répond modestement : « J’ai tapé la balle tout le dimanche au soleil ! » Menteur ! On ne sait pas ce qui nous retient de dévoiler qu’il se tartine d’autobronzant, le produit qui monte auprès des garçons de 25 à 55 ans. Et avec talent en plus : pas la moindre démarcation carotte. Normal, il s’est aussi acheté un gommage et il prend son temps pour l’appliquer ! On le sait car pendant sa séance bonne mine, on a le temps de coucher les trois petits. Heureusement, il n’est pas encore passé à l’anticernes et au mascara transparent, comme tous ces types étranges que l’on voit sur YouTube donner des make-up tutorials (des leçons de maquillage) à leurs petits camarades…

IL EST TATILLON AVEC SES DESSOUS

Aujourd’hui, c’est shorty pour l’homme moderne ! Ce boxer moulant, plébiscité par tous les mâles et plutôt très seyant, voire sexy, même quand on n’est pas Yannick Noah (pour Sloggy). Chez Ralph Lauren, le shorty représente désormais 70 % des ventes de sous-vêtements masculins. Notre compagnon a ses raisons, sur lesquelles nous ne nous étendrons pas – des histoires de confort, de coutures qui ne serrent pas, à la cuisse et ailleurs –, de préférer le shorty. Mais pas question d’en rafler un pack obscur au supermarché : il ne prend que « sa » marque. C’est un budget, plus du double de celui de nos petites culottes ! Mais bon, au moins, on a pu faire disparaître sans drame les caleçons vintage à nounours et à cœurs qui dataient de sa prépa HEC…

IL VIT DANS LA SALLE DE BAINS
Quand on l’a connu, il se faisait tout petit autour du lavabo. Une mousse à raser, un baume after-shave, un gel coiffant, un déo et voilà. Là, c’est l’attaque des tubes ! 27 % des hommes utilisent aujourd’hui un soin hydratant ou anti-âge, et, en 2015, on estime qu’ils seront un sur deux à s’oindre joyeusement (1)… On est donc priée de pousser son propre arsenal pour laisser l’Hydra Energetic, le High Recharge Anti-Fatigue et la Force Suprême Yeux de Monsieur s’aligner au garde-à-vous. On notera que si les intitulés et les packagings restent virils, le propos est décomplexé : il s’agit de repulper son petit épiderme. On croit rêver : un garçon qui puisait jadis timidement dans notre crème perso parce qu’on insistait ! Mais on ne va pas se plaindre : son baume ultra-lissant pour les lèvres marche très bien sur les nôtres. Il faut juste éviter de se faire prendre la main dans le pot, il déteste qu’on lui pique ses trucs…
(1) Selon la Fédération française de la parfumerie.

IL TRAQUE LE POIL

On ne parle pas là du combat immémorial de l’homme civilisé contre le monosourcil ou la pilosité excessive des narines. Sous prétexte qu’il fait du vélo ou de la natation, il pense à plus drastique : se raser les aisselles, s’offrir un torse ou des jambes lisses pour améliorer son aérodynamisme ! Pour les problématiques de poils, on avait déjà nos ados filles, va-t-on devoir supporter leur père, voire leur frère ? Le marché des crèmes dépilatoires for men et des rasoirs hommes pour le corps est en plein essor. Y a-t-il tant de sportifs de haut niveau dans les pubs, nos hommes sont-ils – comme nous – sur la voie de l’aliénation ? On se compare à des filles incroyablement minces. Ils se mesurent à des jeunes gens anormalement glabres. Et tout le monde perd un peu la tête.

IL EST IMBATTABLE EN RÉGIME

En ces temps de stress, au dîner, on n’a rien contre un bon petit verre de vin ou une assiettée de lasagnes réparatrices ! C’est compter sans cette nouvelle figure du couple : l’homme qui « fait attention »… Au menu : soupe de légumes, quinoa vapeur, eau minérale et dodo. Festif après une rude journée de labeur ! Et très paradoxal : jadis, c’était lui, le pousse-au-crime, et nous, l’ayatollah de la calorie. Depuis peu, les rôles semblent sur le point de s’inverser : 46 % des hommes ont déjà fait un régime, 35 % se pèsent au moins une fois par semaine (1). Allez, on ne va pas bouder le progrès : on est historiquement la première génération de femmes qui va maigrir en couple !
(1) Étude Tanita France.
IL FAIT SON SHOPPING SANS NOUS

Finie la figure du mâle las, traîné de boutique en boutique par une compagne sadique ou inconsciente. 75 % des garçons de moins de 35 ans (1) adorent faire du shopping. Entre eux. Ils préfèrent s’offrir tout seuls leurs cadeaux vestimentaires (à 58 %). Le coton de la chemise n’est pas le bon, le pull pas assez en V, le jean pas assez brut : on l’aura compris, le trenta-quadra du XXe siècle est volontiers vétilleux. Il peut même lui arriver de faire la leçon à la femme de ménage sur le repassage des cols et des poignets ! Et s’il faisait aussi sa lessive ?
(1) Sondage Ipsos


On s’en sort bien, finalement, quand on sait qu’il pourrait :
- Se mettre au jockstrap. Quèsaco ? La version sport du string – une sorte de suspensoir sans la ficelle –, très prisée des athlètes américains et donc connotée hypervirile, en dépit de son look chippendale.
- Se coller des faux cils. Il en rêvait, les Anglais l’ont fait. La marque anglaise Eylure (vendue chez Harrods) commercialise depuis le mois de juillet des faux cils men only, montés sur une bande transparente pour éviter le raccord à l’eye-liner.
- S’offrir une épilation maillot. Et définitive, s’il vous plaît ! Dans les centres laser, c’est « la » zone où les hommes veulent qu’on éradique leurs vilains poils… Loin devant le torse et le dos !
- Se faire un trait de khôl. On trouve un crayon noir spécifique homme chez Jean Paul Gaultier, mais les conseillères Sephora notent que les garçons piochent de plus en plus volontiers dans les lignes pas trop chères pour fille, en gris ou brun…
- Investir dans un slip volumateur. Côté pile, citons le shorty rembourré qui fait la fesse rebondie (chez Gia ou Dim) ; côté face… toutes sortes d’astucieux slips à coussinets ou coutures de soutien qui « avantagent » ceux qui ne sont pas satisfaits de leurs mensurations !

La politique est-elle morte ?


Depuis la fin de la seconde guerre mondiale et la domination des sciences sociales positivistes, la doxa progressiste véhicule largement l’idée selon laquelle la politique n’a plus sa place dans nos sociétés. Le tout-économique suffirait à régir les rapports entre humains puisque toute relation ne serait que le fruit d’une spéculation intéressée. L’homme réduit à une équation se voit alors substituer à l’art de vivre en société le simple calcul coût/bénéfice. Le rôle joué par nos gouvernements à l’échelle nationale ne serait que la transposition de cette attitude utilitariste et « maximisatrice ». Pourtant, le retour du rôle de l’Etat que l’on a constaté lors de la récente crise économique laisse penser que cet effacement est illusoire. Il semble bien que la politique soit naturelle à l’homme et que celle-ci joue un rôle déterminant qu’on ne saurait minorer.

Cela n’a pas empêché des théoriciens issus de la modernité d’envisager des sociétés sans Etat. Face au désir de liberté, les hommes sont, en effet, partagés entre la nécessité d’un chef pour conserver cette liberté et l’appréhension de la remettre dans les mains d’autrui. Marx, par exemple, ne voyait dans un gouvernement que la concentration des pouvoirs de la classe dominante qui lui permettait d’asseoir sa domination sur le prolétariat. L’auteur du Capital prônait donc la disparition de l’Etat. Mais l’expérience communiste nous a prouvé combien cette aspiration était éloignée de la réalité. Alors qu’il incombait à Staline de supprimer l’Etat, toujours celui-ci avançait un prétexte afin de le maintenir : révolte de paysans, présence persistante des « bourgeois saboteurs » puis enfin l’encerclement des « impérialistes ». Staline a d’ailleurs finit par passer au caviar les écrits de Lénine qui imposaient un effacement progressif puis définitif de l’Etat. De même, les libéraux du XIXèmeont cru que l’humanité, une fois parvenue à une certaine maturité pourrait se passer de la présence de l’Etat. La résurgence des grands conflits, l’apparition de crises mondialisées ont vite fait déchanter cette croyance.

Tenter d’amputer l’homme de ses attributs les plus ontologiques ne sert qu’à les faire ressurgir sous des formes plus sombres et déformés. Le politique se développe alors en sous-mains et se mue en des intrigues de couloirs et d’alcôves. Chassez le politique, et il revient dans un galop déchainé.

Aristote avait d’ailleurs déjà déduit que l’homme de par son langage était un animal destiné à la chose politique. Celui-ci tenait dès lors la polis comme une dimension fondamentale de l’homme, avec laquelle il devait composer. Car le pouvoir politique n’est pas un pouvoir comme les autres.

La politique tout d’abord, conditionne de par sa nature les autres activités de la société. Elle détermine, en effet, le mode d’existence de la vie en commun, c'est-à-dire qu’elle est susceptible d’exercer son pouvoir sur toute activité sociale que se soit pour la régenter arbitrairement ou pour lui laisser la liberté et l’autonomie qu’elle aura jugé bon de lui octroyer. De la politique dépend également la paix civile et la sécurité extérieure. Si le théoricien en sciences sociales peut rédiger ses ouvrages en toute tranquillité c’est parce que l’Etat lui assure les conditions nécessaires pour cela. C’est ainsi que Max Weber rendait à l’Etat le « monopole de la violence légitime » comme prérogative absolue.

En outre, la manière de vivre est différente d’un Etat libéral à un Etat autoritaire. Il ne s’agit plus ici de la part de détermination mais d’influence que confère le politique. Un pouvoir arbitraire, bien souvent, suscite des émules et engendre la violence. Il donne le ton des rapports entre humains. Ainsi, sous un régime tyrannique les mœurs sont plus violentes alors qu’elles sont plus douces sous un régime libéral.

Si le rôle clef de la politique est donc si peu visible, c’est peut-être justement grâce au succès qu’elle rencontre dans nos démocraties modernes. Mais dès que survient une crise, la dimension architectonique de la politique éclate à nouveaux aux yeux de tous. Nier la politique comme attribut naturel de l’homme et refuser de voir son rôle décisif sur la vie de tous, c’est se masquer la réalité des rapports humains. Là où il n’y a pas d’ordre, le désordre se fait seul. Ne pas l’admettre, c’est abandonner ses prérogatives de citoyens aux mains d’une minorité de professionnels de la politique qui auront beau juger d’en user à leur discrétion.

Le regard vide de l’Europe

Les critiquent ne manquent pas à l’égard des limites et des impasses de la construction européennes : trop d’élargissement et pas assez d’approfondissement, primat du tout-économique, ou encore impertinence d’une véritable politique communautaire compte tenu des divergences des Etats finalement trop attachés à l’intérêt national. Mais on oublie bien souvent d’observer les fondements culturels du "vieux continent" et sur lesquels se bâtit l’Europe. Car l’Europe a bel et bien une spécificité susceptible de fournir ce dénominateur commun qui fait tant défaut aujourd’hui, ou du moins elle avait : la distance pris à l’égard de sa culture et son corollaire, l’autocritique.

A longtemps existé, en effet, une âme européenne qui constitue notre terreau culturelle et qui se décline selon une triple attitude : l’étude de notre environnement par la connaissance scientifique, la philosophie politique animé par la quête du meilleur régime et, enfin, le regard de l’âme tournée vers elle-même qui cherche à s’évaluer, à s’orienter selon le Bien moyennant une distanciation de la pensée sur elle-même.

Ce dernier élément, est plus que tous les autres, caractéristique de la culture européenne. Dans le septième chapitre de La République, Platon appelle le philosophe à s’extraire de son âme afin de s’élever au-dessus d’elle et de découvrir sa finalité, son télos. Ce texte est véritablement la matrice du souci d’éducation européen et de l’attention porté à la mise en forme de notre âme qui traversera les siècles.

L’avènement du christianisme et les écrits de Saint Augustin révolutionne le regard porté sur soi en transférant le centre de gravité de l’âme en Dieu. L’homme découvre désormais que le soleil platonicien n’est plus en dehors de soi mais dans l’intimité même de notre cœur. La distanciation est ici intériorisée.

Le tournant moderne va ensuite marquer un premier infléchissement du regard européen. Kant, par exemple, porte un coup d’arrêt à la métaphysique en affirmant que l’on ne peut connaître le monde, l’âme et Dieu même si nous nous devons de les penser. Ce refus de l’épistémologie se traduit par un regard transcendantal posé sur le « noumène » qui perpétue encore la mise à distance du sujet sur son idéalité, sa finalité.

La pensée européenne, en somme, est donc cette distanciation qui nous permet de mieux voir en nous, cette attitude à la fois intérieure et retirée, « la proximité d’un lointain » aurait dit Walter Benjamin. Le regard européen s’oriente vers trois horizons : le monde, la cité et l’âme ou de manière métonymique : Rome, Athènes et Jérusalem.

Cette spécificité européenne peut-être décemment affirmée au regard de son histoire. La pensée occidentale est critique, inquiète, tendue en avant dans le sens où elle ne cesse de viser un infini inatteignable. Elle a soif de comparaison avec les autres cultures et se remet perpétuellement en cause. L’Europe, par exemple, a toujours pris conscience de ses crimes et les a condamnées.

Ainsi, pour Patocka, le souci de l’âme est le trait essentiel de l’identité européenne. Or, notre modernité actuelle, tend désormais à se passer de ce souci de l’âme. Elle a refusé dans un premier temps le soubassement de l’âme européenne : le christianisme qui porte en lui l’universalité du message européen que l’on retrouve aujourd’hui dans les droits de l’homme. Mais ce refus de l’identité européenne se perpétue jusqu’en dans une forme sécularisé du désir d’infini. Il n’y a plus aujourd’hui cette volonté de mise à distance avec soi-même : l’individu s’enferme, devient despotique et ne s’impose plus cette quête de sens qui a fait la spécificité de l’esprit européen. D’autant plus que la tendance lourde de l’homme à retomber sans cesse dans une certaine vacuité spirituelle n’est plus compensée par une éducation censée tirer la personne vers le haut : dans nos universités, la réflexion tend à laisser la place à l’érudition.

A l’échelle de l’Union européenne, ce refus identitaire s’observe dans le domaine de l’immigration : l’accueil des nouveaux arrivants ne s’effectue plus sur la base d’un dialogue mais bien d’un monologue culturel. Pourtant, l’identité n’existe que par un jeu d’altérité. L’accueil européen est un accueil vide. Ainsi, paradoxalement, la mondialisation qui exporte les canons culturels européens aux quatre coins du globe ne charrie avec elle que la vacuité d’une identité non assumée. René Char avait bien perçu en son temps le refus d’entretenir la flamme européenne lorsqu’il écrivait s’agissant de l’Europe : « Notre héritage n’est précédé d’aucun testament ».

Pour plus de compléments à ce sujet voir l’œuvre du philosophe Jean-François Mattéi

Un Te Deum pour la nation



Alors que le traité de Lisbonne est en passe d’être ratifié par les derniers pays de l’Union Européenne ne l’ayant pas encore fait, les tenants d’une Europe post-nationale s’apprêtent à célébré la fin du modèle de la nation. Désuète la nation ? Disons plutôt qu’elle fait peur notamment depuis qu’on l’amalgame joyeusement avec le nationalisme à l’origine des deux guerres mondiales. Il s’agirait donc de grandir et de passer à une nouvelle forme d’organisation politique moins archaïque.

Mais revenons d’abord aux fondements de l’organisation politique. Sa forme a bien-sûr évoluée dans l’histoire : bande, tribut, nation, empire. Le principe de la nationalité est lui d’origine révolutionnaire (France) et s’est ensuite imposé sur les décombres des empires à la fin de la première guerre mondiale. Selon Jean Baechler, trois caractéristiques sont aux fondements de la nation : l’autarcie économique, l’autarcie diplomatique et l’autarcie passionnelle (le sentiment nationale). Examinons en particulier le dernier principe à l’aune européenne.

Paul Thibaud, nous propose d’étendre le cadre de la citoyenneté, autrement dit du sentiment d’appartenance à de nouveaux espaces politiquement marqués. D’après lui, cette démultiplication de l’appartenance politique ne remet pas en cause la souveraineté du citoyen qui disposera tout simplement d’un portefeuille de citoyenneté : locale, nationale et européenne. Mais cette schizophrénie ne permet plus la constitution d’une Europe politique. Le principe démocratique, en effet, est composé d’une dualité : il est à la fois garant des droits individuels et organisation d’un gouvernement de manière collective (self-gouvernment). C’est la distinction entre l’individu et le citoyen. Si la construction de l’Europe accroit les droits de l’individu elle limite, en revanche, les pouvoirs du citoyen du fait de l’extension des peuples ayant voix au chapitre dans ce système. Ainsi, l’Union Européenne actuelle simplifie la démocratie puisqu’elle ne propose plus qu’une extension des droits, ce qui apparaît de prime abord très séduisant. Toutefois la dissolution du rôle du citoyen ne fait plus de l’Europe un espace politique mais de civilisation. En supprimant la tension entre l’individu et le citoyen elle ne propose plus « une communauté de destin ».

Si cette analyse est juste, l’Europe souffrirait donc d’une indéfinition politique. Aristote disait : « les citoyens mettent en commun les actions et les raisons ». La mise en commun est inscrite dans l’ontologie démocratique. Aujourd’hui, les Européens ne savent pas ce qu’ils veulent mettre en commun, ils veulent simplement acquérir plus de droits.

Certains pourraient alléguer le principe démocratique comme premier élément du creuset européen. Mais se serait prendre la forme pour le fond. Le principe démocratique, en effet, est le consentement à se donner une loi dans un cadre donné, pas un principe permettant de définir ce cadre. S’il suffit d’un régime démocratique pour prétendre à l’entrée de l’Union Européenne son extension sera illimitée. Il en est de même pour les droits de l’homme dont la portée se veut universelle.

Ainsi, le « patriotisme constitutionnel » tel que le défend Habermas abrite une aporie rédhibitoire. Refuser de donner une consistance politique à l’Europe revient à saper les fondements de la démocratie libérale. Le flou politique entretenu par Bruxelles n’est pas viable à long terme : l’explosion des procédures européennes lors de la crise économique qui a vu les grandes puissances s’auto-concerter l’a bien confirmée.


Pour plus de complément à ce sujet voir Cours familier de philosophie politique de Pierre Manent

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