Qui êtes-vous ?

Ma photo
Etudiant en master 2 de sciences politiques à l'Institut Catholique d'Etudes Supérieures à La Roche sur Yon, je voudrai me consacrer à la philosophie politique.

dimanche 3 janvier 2010

Pourquoi l'Eglise condamne l'usage du préservatif

On voyait récemment dans une publicité anglaise de prévention contre le SIDA le slogan suivant: « Want respect ? Use a condom ». Le préservatif, en effet, est considéré comme la meilleure protection contre le SIDA, on aurait donc tendance à croire qu’il est inconscient de ne pas l’utiliser. On pourrait a fortiori comprendre le tollé soulevé par les positions de l’Église qui, en condamnant la contraception, semble condamner du même coup nombre d’Africains. Mais cette position n’est pas aussi indéfendable que l’on voudrait nous le faire croire.
On enferme, en effet, la situation des Africains (mais cela vaut pour le reste du genre humain) dans un choix réducteur : s’ils n’utilisent pas de préservatifs ils mourront par millions car ils ne peuvent s’empêcher d’être infidèle ou incontinent. Il faut donc utiliser ce moyen qui n’empêchera pas le libertinage sexuel mais au moins sauvera la vie de ces personnes. Cependant, l’Église considère que ce vagabondage n’est pas bon pour l’homme car ce dernier, selon elle, a une valeur autrement supérieure. Elle ne l’invente pas ex nihilo mais tire cette conclusion en observant l’acte en lui-même et ses conséquences.

L’homme ou la femme, tout d’abord, en changeant régulièrement de partenaire, en vient à considérer l’autre comme un simple objet sexuel qui assouvit des pulsions non contrôlés et le dénature en niant sa liberté d’homme raisonnable. Il devient alors esclave de ses pulsions. Qui niera qu’il n’est pas meilleur pour la stabilité de l’homme de rester fidèle à une personne ? Les « ex » que l’on traine partout ne manquent pas de susciter de difficiles histoires de cœurs et de jalousie. De même, la frontière entre l’ami et le potentiel partenaire sexuel, en s’amincissant, brouille l’authenticité du lien qui unit de véritables amis. Quel homme, à la fin de ses jours, est heureux d’avoir multiplié les brèves conquêtes sans avoir jamais pu approfondir une relation avec le temps que cela nécessite ? Le bonheur n’est pas dans l’éparpillement et la superficialité mais dans l’engagement sur le long terme.
Enfin, rappelons que si la protection contraceptive du préservatif est relativement haute, elle est bien moindre quant à la prophylaxie anti-sida. C’est ce que Benoît XVI a voulu souligner lorsqu’il affirmait que le préservatif n’était pas une solution à long terme en Afrique.

Qui blâmera alors l’Église de considérer que l’acte sexuel est avant tout un acte d’amour que l’on offre à celui ou celle auprès de qui on s’est engagé pour la vie ? On peut ne pas s’en sentir la force mais l’Eglise assure que cela est possible car ce n’est pas un comportement uniquement accessible à quelques « surhommes ». Quant à ceux qui croient véritablement qu’il n’est pas bon de rester toute sa vie avec la même personne qu’ils n’oublient pas que l’acte sexuel, si l’on s’en tient à une observation évidente, a aussi pour vocation la procréation, même si tout acte n’est pas forcément fécond. Utiliser un préservatif, c’est donc renier la condition de l’homme et récuser les responsabilités qu’impose l’acte sexuel. En refusant un partenaire à vie, se pose également la difficulté d’assumer des enfants : qui sera le père ? Le géniteur ou le nouveau conjoint avec qui l’on vit ? Si la famille recomposée est aujourd’hui une réalité commune, elle n’est pas souhaitable pour autant car l’enfant a besoin d’identification claire afin de pouvoir s’enraciner dans une filiation et une histoire. Le priver de cela c’est le mener à une existence chaotique. Trop souvent le désir des parents passe avant les considérations liées à l’enfant. Ne devons nous pas avant tout nous interroger sur la vie que nous lui offrons ?
Citons, enfin, cet extrait du catéchisme de l’Église catholique qui nous édifie sur sa condamnation de la contraception qui se veut avant tout, non pas un interdit, mais une attitude respectueuse : « Au langage qui exprime naturellement la donation réciproque et totale des époux, la contraception oppose un langage objectivement contradictoire selon lequel il ne s’agit plus de se donner totalement l’un à l’autre. Il en découle non seulement le refus positif de l’ouverture à la vie, mais aussi une falsification de la vérité interne de l’amour conjugal, appelé à être un don de la personne tout entière ». Ce discours est aux antipodes de ce que nous enseigne la pensée dominante : de ce point de vue là, utiliser le préservatif, c’est véritablement ne pas respecter l’autre ni soi.

Ainsi, l’Église nous propose une morale qu’elle ne tire pas seulement des préceptes de la Bible, mais qui se fonde sur l’observation, sur l’expérience empirique. Elle ne garantit pas le bonheur mais y contribue et surtout elle est respectueuse de la personne. Cette morale, c’est la place que l’Église fait à l’homme, une place éminemment haute et digne. Elle est fondée sur la chasteté (qui n’est pas la continence) et la reconnaissance de la valeur du prochain.
La morale ne s’impose pas, c’est une proposition. L’Église met en valeur la beauté d’un certain mode de vie respectueux de l’homme, un « chemin de sainteté », c'est-à-dire un guide pour qui veut devenir saint. Elle nous présente comme une bague chatoyante ce trésor qu’est la morale : le choix nous revient de la passer à notre doigt ou de la dédaigner. C’est en sens que Benoit XVI écrivait « Le christianisme, le catholicisme, n'est pas une somme d'interdits, mais une option positive. Et il est très important que cela soit à nouveau visible, car aujourd'hui cette conscience a presque totalement disparu ».
Mais en considérant que les Africains ne sont pas capables de vivre selon ces principes nous péchons par orgueil : puisqu’en Europe nous ne parvenons pas à vivre ainsi nous estimons les Africains incapables d’y parvenir également. C’est une insulte à leur dignité. Certes, les habitudes sont fortement ancrées. Mais c’est justement une des missions des Chrétiens que de travailler à faire évoluer les mœurs dans un sens qui bonifie l’homme. Le choix de cette norme morale, c’est donc la solution de l’Église. Céder sur ce point serait accepter un mal pour un autre. L’un tue la chair, l’autre tue l’âme. 1 On ne fera pas disparaître le SIDA en cherchant des solutions a posteriori mais en s’attaquant à la racine du mal. Au lieu d’une véritable prévention on privilégie la palliation. C’est ce que certains pays d’Afrique ont d’ailleurs compris en stoppant la distribution de préservatifs devant ses pauvres résultats et en privilégiant désormais des campagnes éducatives promouvant la chasteté et la fidélité 2 .


1 On peut effectuer ici un parallèle avec un cas d’école où utiliser le préservatif, mutatis mutandis, correspondrait au choix de torturer un terroriste pour obtenir l’endroit où se cache une bombe en avançant la raison d’État.
2 Des sanctions de l’ONU s’en sont d’ailleurs suivit…

L’Église peut-elle faire sa place au libéralisme ?

Alors que depuis le virage libéral des années 80 la prééminence du modèle économique anglo-saxon ne semblait plus contestable, la crise économique de 2008 a vu les vieux démons interventionnistes refaire surface et le libéralisme réduit à passer sous les fourches caudines du « tout-État » à tel point que tous les journaux titraient alors : « Keynes, l’homme de l’année ». Pour un chrétien, l’éclairage de l’Église sur l’économie ne peut être interprété vers un courant ou l’autre. La dernière encyclique du pape Benoît XVI le confirme, la Doctrine sociale nous livre des impulsions, des réflexions, des exigences qui donnent à la fois tort et raison à l’excès d’interventionnisme d’une part et au libéralisme débridé d’autre part. Il s’agit pour le chrétien de composer entre le droit de toute personne à posséder un relatif bien-être matériel et le respect du principe de subsidiarité, garant de la dignité de l’homme.

Toutefois, si l’Église reste dans son rôle en ne conjecturant pas sur l’idéalité des taux directeurs de la Banque centrale européenne, l’homme politique, lui, à la lumière de ces principes universels conférés par l’Église, doit faire son choix dans la casualité des situations ainsi que le préconisait la vertu prudentielle d’Aristote. Il convient alors de s’engager.

L’analyse couramment véhiculée par de nombreux cercles chrétiens voit dans le choix du modèle économique une corrélation inévitable avec l’évolution des comportements d’une société. Ainsi, au libéralisme économique ferait écho la libération des mœurs, tandis qu’au protectionnisme, à l’interventionnisme, le conservatisme des valeurs. La position de l’Église sur les mœurs étant, a contrario de l’économie, clairement établie – la condamnation du relativisme - le choix apparaîtrait donc évident. Mais cette vision n’est pas satisfaisante. Elle réduit, en effet, l’homme à un être ballotté, soumis au déterminisme de son environnement. Si l’ouverture des frontières charrie un bariolage de culture évident il s’en faut cependant pour affirmer de manière rédhibitoire que celle-ci fait le lit du relativisme. L’homme nait doté d’une volonté morale qui lui permet de poser son être, même seul au cœur d’un océan de courants hostiles. Lui refuser cette force revient à émasculer sa liberté au profit d’un paternalisme qui a tout du pernicieux discours jacobin selon lequel l’homme d’avant-garde avisé se doit de faire le bonheur du peuple malgré lui.

Le second argument généralement avancé par les tenants du conservatisme intégral est de nature plus sociale : le libre-échange mondialisé, en sus de libérer les mœurs, effilerait le tissu social en atomisant les individus. La mondialisation serait ainsi vectrice d’une violence concurrentielle dont les travailleurs subiraient la brutalité de plein fouet. Il est évident que le durcissement des rivalités économiques est dû à l’ouverture des marchés, que la vie au travail est moins paisible depuis l’avènement du modèle libéral. Mais ce dernier porte en lui des remèdes à ses propres maux. Oui, les risques de licenciement sont plus élevés mais les chances de trouver un emploi le sont également. Oui, les exigences de travail sont plus importantes face à la concurrence mais le salarié acquiert ipso facto l’attachement aux résultats de l’entreprise qui n’en fait pas que la « boîte du patron ».

Enfin, troisième argument cherchant à battre en brèche le libéralisme économique : la prééminence accordée au travail et au consumérisme se ferait au détriment d’activités qui promeuvent la quête de sens ontologique à l’homme. Le constat est indéniable : nos sociétés ne sont plus aussi paisibles qu’autrefois, elles sont devenues des sociétés « énervées », coupées des aspirations spirituelles de l’homme. Mais faut-il l’imputer au libéralisme ? Cette mutation ne résulte-t-elle pas plutôt d’un discours doctement professé par la pensée dominante ? Car la perte de cette quête de sens se manifestait bien avant l’avènement du libre-échange. Il semble à tout le moins que se soit la révolution philosophique moderne qui a sapé les fondements de l’aspiration spirituelle propre à l’homme. Les Modernes ont cru pouvoir se passer de ce soubassement à travers, notamment, le positivisme. Sur les décombres de la métaphysique on proclamait alors l’avènement d’un nouvel âge où la liberté se définissait par le bien-être matériel. Le communisme est l’illustration la plus flagrante de cette tentative. Comment le conservatisme intégral explique-t-il le succès du communisme s’il fait du libéralisme le germe qui provoqua la disparition de la quête de sens ? Il semble plutôt que le processus de centration de l’homme sur son seul individu résulte des idées développées par les Modernes.

Ce choix du libéralisme économique n’est pas non plus à absolutiser. Il n’est, tout d’abord, pas incompatible avec une politique stricte de limitation de l’immigration. Et surtout, l’État, en plus de ses fonctions régaliennes, doit pouvoir conserver son rôle de garant d’une économie concurrentielle tout en intervenant lors des crises pour éviter les désastres humains. Comme avait coutume de dire les ordolibéraux du milieu du XXe siècle : «liberté autant que possible, autorité autant que nécessaire». Ce libéralisme ordonné est d’ailleurs la source authentique de ce courant tel que l’ont développé Fréderic Bastiat et John Stuart Mill. Le libéralisme véritable n’est pas cette loi de la jungle comme les censeurs de la doxa cherchent à nous en convaincre. Les véritables anarcho-capitalistes sont une infime minorité.

Pour le reste, Benoit XVI le souligne clairement dans son encyclique Caritas in veritate, l’économie ne se moralisera d’abord que par une bonification des comportements de chacun. C’est la tâche qui incombe aux chrétiens que de travailler en ce sens et de s’élever à ces canons moraux tout en se mettant en demeure de les transmettre à son prochain.

Rappelons tout de même que l’immigration française est en partie due à la somme des allocations allouées aux immigrés qui est plus importante que chez ces voisins ainsi qu’à la Couverture Maladie Universelle (CMU)

Membres