Alors que depuis le virage libéral des années 80 la prééminence du modèle économique anglo-saxon ne semblait plus contestable, la crise économique de 2008 a vu les vieux démons interventionnistes refaire surface et le libéralisme réduit à passer sous les fourches caudines du « tout-État » à tel point que tous les journaux titraient alors : « Keynes, l’homme de l’année ». Pour un chrétien, l’éclairage de l’Église sur l’économie ne peut être interprété vers un courant ou l’autre. La dernière encyclique du pape Benoît XVI le confirme, la Doctrine sociale nous livre des impulsions, des réflexions, des exigences qui donnent à la fois tort et raison à l’excès d’interventionnisme d’une part et au libéralisme débridé d’autre part. Il s’agit pour le chrétien de composer entre le droit de toute personne à posséder un relatif bien-être matériel et le respect du principe de subsidiarité, garant de la dignité de l’homme.
Toutefois, si l’Église reste dans son rôle en ne conjecturant pas sur l’idéalité des taux directeurs de la Banque centrale européenne, l’homme politique, lui, à la lumière de ces principes universels conférés par l’Église, doit faire son choix dans la casualité des situations ainsi que le préconisait la vertu prudentielle d’Aristote. Il convient alors de s’engager.
L’analyse couramment véhiculée par de nombreux cercles chrétiens voit dans le choix du modèle économique une corrélation inévitable avec l’évolution des comportements d’une société. Ainsi, au libéralisme économique ferait écho la libération des mœurs, tandis qu’au protectionnisme, à l’interventionnisme, le conservatisme des valeurs. La position de l’Église sur les mœurs étant, a contrario de l’économie, clairement établie – la condamnation du relativisme - le choix apparaîtrait donc évident. Mais cette vision n’est pas satisfaisante. Elle réduit, en effet, l’homme à un être ballotté, soumis au déterminisme de son environnement. Si l’ouverture des frontières charrie un bariolage de culture évident il s’en faut cependant pour affirmer de manière rédhibitoire que celle-ci fait le lit du relativisme. L’homme nait doté d’une volonté morale qui lui permet de poser son être, même seul au cœur d’un océan de courants hostiles. Lui refuser cette force revient à émasculer sa liberté au profit d’un paternalisme qui a tout du pernicieux discours jacobin selon lequel l’homme d’avant-garde avisé se doit de faire le bonheur du peuple malgré lui.
Le second argument généralement avancé par les tenants du conservatisme intégral est de nature plus sociale : le libre-échange mondialisé, en sus de libérer les mœurs, effilerait le tissu social en atomisant les individus. La mondialisation serait ainsi vectrice d’une violence concurrentielle dont les travailleurs subiraient la brutalité de plein fouet. Il est évident que le durcissement des rivalités économiques est dû à l’ouverture des marchés, que la vie au travail est moins paisible depuis l’avènement du modèle libéral. Mais ce dernier porte en lui des remèdes à ses propres maux. Oui, les risques de licenciement sont plus élevés mais les chances de trouver un emploi le sont également. Oui, les exigences de travail sont plus importantes face à la concurrence mais le salarié acquiert ipso facto l’attachement aux résultats de l’entreprise qui n’en fait pas que la « boîte du patron ».
Enfin, troisième argument cherchant à battre en brèche le libéralisme économique : la prééminence accordée au travail et au consumérisme se ferait au détriment d’activités qui promeuvent la quête de sens ontologique à l’homme. Le constat est indéniable : nos sociétés ne sont plus aussi paisibles qu’autrefois, elles sont devenues des sociétés « énervées », coupées des aspirations spirituelles de l’homme. Mais faut-il l’imputer au libéralisme ? Cette mutation ne résulte-t-elle pas plutôt d’un discours doctement professé par la pensée dominante ? Car la perte de cette quête de sens se manifestait bien avant l’avènement du libre-échange. Il semble à tout le moins que se soit la révolution philosophique moderne qui a sapé les fondements de l’aspiration spirituelle propre à l’homme. Les Modernes ont cru pouvoir se passer de ce soubassement à travers, notamment, le positivisme. Sur les décombres de la métaphysique on proclamait alors l’avènement d’un nouvel âge où la liberté se définissait par le bien-être matériel. Le communisme est l’illustration la plus flagrante de cette tentative. Comment le conservatisme intégral explique-t-il le succès du communisme s’il fait du libéralisme le germe qui provoqua la disparition de la quête de sens ? Il semble plutôt que le processus de centration de l’homme sur son seul individu résulte des idées développées par les Modernes.
Ce choix du libéralisme économique n’est pas non plus à absolutiser. Il n’est, tout d’abord, pas incompatible avec une politique stricte de limitation de l’immigration. Et surtout, l’État, en plus de ses fonctions régaliennes, doit pouvoir conserver son rôle de garant d’une économie concurrentielle tout en intervenant lors des crises pour éviter les désastres humains. Comme avait coutume de dire les ordolibéraux du milieu du XXe siècle : «liberté autant que possible, autorité autant que nécessaire». Ce libéralisme ordonné est d’ailleurs la source authentique de ce courant tel que l’ont développé Fréderic Bastiat et John Stuart Mill. Le libéralisme véritable n’est pas cette loi de la jungle comme les censeurs de la doxa cherchent à nous en convaincre. Les véritables anarcho-capitalistes sont une infime minorité.
Pour le reste, Benoit XVI le souligne clairement dans son encyclique Caritas in veritate, l’économie ne se moralisera d’abord que par une bonification des comportements de chacun. C’est la tâche qui incombe aux chrétiens que de travailler en ce sens et de s’élever à ces canons moraux tout en se mettant en demeure de les transmettre à son prochain.
Rappelons tout de même que l’immigration française est en partie due à la somme des allocations allouées aux immigrés qui est plus importante que chez ces voisins ainsi qu’à la Couverture Maladie Universelle (CMU)
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