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Etudiant en master 2 de sciences politiques à l'Institut Catholique d'Etudes Supérieures à La Roche sur Yon, je voudrai me consacrer à la philosophie politique.

mercredi 11 novembre 2009

Le nouveau péché de l’Eglise

Les propos de Benoit XVI sur le préservatif ont déclenché dernièrement une controverse mondiale. Ses détracteurs se présentaient pourtant comme des apôtres de la tolérance et du respect de la liberté d'expression. A cet égard, leur réaction ne manque pas de contradictions. Quelle est donc l’origine de ce paradoxe ? Pourquoi Benoît XVI dérange-t-il autant ?

Une réponse approfondie à cette question nous fait remonter jusqu’à la Renaissance et à l'Humanisme qui marquent les prémices de la modernité et l’émergence d’une vision anthropocentrée du monde, c'est-à-dire tournée vers l’homme. Au XVIIème siècle, Descartes, à la suite des humanistes, rebâtit un savoir fondé à partir des seules connaissances scientifiques. Plus tard, le siècle des Lumières a vu se développer l’émancipation de la volonté de la loi naturelle et des commandements chrétiens. Les auteurs de ces « idées nouvelles » sont les fondateurs de la pensée moderne telle que nous la connaissons. De créature, l’homme est devenu créateur. Il se fixe désormais ses propres normes et recherche « sa » vérité.

Attachons nous à deux principes du monde moderne. Premier principe: la liberté n’est plus d’obéir à une morale supérieure mais d’avoir la plus grande latitude d’action possible tant que je ne nuis pas moi-même à la liberté d’autrui . Second principe : tous les hommes sont égaux, donc toutes les opinions se valent et personne ne peut m’imposer son avis en alléguant qu’il est supérieur : c’est le subjectivisme . En alliant ces deux principes on obtient donc : « je peux émettre n’importe quelle opinion puisque toutes les opinions se valent ».

Or, ce principe, comme on l’a vu, n’est pas appliqué par les médias. Quelle en est la cause ? L’explication naît de la difficulté suivante : comment avoir une opinion sur tout sans m’en remettre à l’avis d’autrui ? Cela est impossible car ce serait alors reconnaître sa supériorité. Mais il m’est impossible de tout penser à la fois. Chacun va donc se rallier à l’opinion la plus couramment véhiculée et s’abandonner à l’appréciation du plus grand nombre en la faisant sienne. Pourtant, comme l’avait remarqué Platon en son temps, la vérité n’est pas nécessairement du côté du plus grand nombre.

Cette solution précaire pose une seconde difficulté : si tout le monde s’en remet à tout le monde, qui pense pour la majorité ? Deux entités ont cette autorité aujourd’hui. Les scientifiques, qui sont doctement écoutés, et les médias, qui véhiculent ce que pense la soi-disante majorité. On remarquera d’ailleurs que les médias ont fait appel aux scientifiques pour contredire les propos du pape. Finalement, on aboutit malgré tout à une nouvelle morale motivée par le principe d’égalité. Cette morale est celle d'une certaine conception des droits de l’homme. Celle-ci est centrée sur le refus « de la différence qui veut faire la différence », aussitôt assimilée à une discrimination. La défense d'une identité culturelle est critiquée au nom de l’anti-racisme, la distinction de nature entre l'homme est la femme est assimilée à de la misogynie, l'affirmation d'une valeur supérieure du mariage entre un homme et une femme relève de l’homophobie... Tout ce qui tend à différencier deux faits, deux personnes ou deux comportements remet en cause l’égalité de façon inacceptable. Mais cette nouvelle morale s’avance masquée. Elle ne veut pas apparaître comme telle sous peine de remettre en cause le principe d’égalité. En outre, elle fait fi du second principe : la liberté.

En effet, les médias qui imposent le refus de la discrimination comme opinion dominante, prônent un relativisme dogmatique. « Tout se vaut » nous dit-on, excepté ce qui remet en cause l’égalité et le relativisme. Autrement dit, toute opinion qui se prétend supérieure, qui se croit porteuse d’une quelconque vérité, n’est pas tolérée. La dimension liberticide du relativisme apparaît ici clairement. Par voie de conséquence plus le champ du relativisme s’étend, plus le nombre de domaines frappés par le dogmatisme s’accroît .

Ainsi, dès lors qu’il invoque une morale qu'il juge plus digne pour l'homme, dès lors qu’il distingue un comportement d’un autre, le pape ne peut qu’être victime d’un lynchage médiatique.

Principe développé par John Locke dans Traité du gouvernement civil.

Principe développé entre autre par Pierre Bayle.

Pour un approfondissement sur les conséquences de l'égalitarisme, se référer à l'ouvrage de Philippe Bénéton De l’égalité par défaut, Paris, Criterion, 1997.

Faut-il choisir entre l’urne et le bénitier ?

Depuis plusieurs siècles, le monde occidental poursuit un long cheminement vers l’émancipation de la volonté de l’homme. La Renaissance a marqué les prémices de cette évolution et l’a fait entrer dans l’ère de la Modernité. Les années soixante ont vu ce processus de libéralisation de l’autonomie s’emballer et nous sommes parvenus à ce que plusieurs appellent la « modernité tardive ». Que faut-il penser de cette accélération de la dynamique d’affranchissement de la raison moralisatrice? Peut-elle être enrayée ? Un Chrétien peut-il l’accepter ou se doit-il de la récuser ? On peut recenser trois attitudes au sein de notre société face à la Modernité. Tout d’abord, et en dépit d’un malaise croissant, beaucoup de nos concitoyens se rangent derrière cette marche vers le Progrès qui prétend nous éloigner chaque jour un peu plus de l’obscurantisme moralisateur. D’autres, cependant, tentent de trier entre le bon grain et l’ivraie au sein de notre monde moderne. Une minorité, enfin, veut sonner la charge devant les ravages du relativisme et balayer l’ensemble de la Modernité. L’Ancien Régime semble en effet bien plus loin qu’il ne l’est au regard des grandes transformations de nos sociétés modernes, et l’on est parfois tenté de partager l’avis de ces nostalgiques : éclatement du triptyque institutionnel : famille, école, religion, individualisme excessif qui précipite la perte de repères, libéralisation des mœurs poussés à l’extrême. Toutes ces fanges dont la modernité semble faire le lit nous font porter des yeux de Chimène pour des temps, des institutions, des hommes aujourd’hui révolus.

Or c’est justement là où réside peut-être le problème : ces temps sont bien révolus et la dynamique de la modernité ne connaîtra pas une nouvelle révolution. En témoignent les tentatives de restaurations avortées. Et quand bien même ce retour serait possible, faudrait-il vraiment franchir le pas ou plutôt, reculer d’un pas ? L’émancipation de la volonté n’est-elle pas consubstantielle à l’homme pécheur? Autrement dit, celui-ci n’est-il pas tendanciellement conduit à s’affranchir de toute morale supérieure, car il est homme et en tant que tel marqué par le péché originel ? Certains voudraient restituer des institutions fondées sur la morale chrétienne. Entendons-nous. Accepté par une majorité, ce changement s’avérerait sans doute salutaire pour nos sociétés en proie à des maux plus délirants les uns que les autres. Mais le modèle monarchique à cela de moins que le modèle démocratique qu’il impose ce que tout homme peut être conduit à entendre par la voix de sa conscience. La morale naturelle, en effet, n’est pas l’exclusivité des croyants, et tout un chacun en s’aidant de sa raison comme moyen (et non comme finalité) peut percevoir les bienfaits qui lui sont propres. Le principe de participation mis en avant par la doctrine sociale de l’Eglise relève de cet esprit plus respectueux de la dignité humaine. On retiendra ici l’analyse de Jacques Maritain qui, à l’inverse d’un Joseph de Maistre, croit que la modernité est née d’une progression et non d’une rupture. Le Christianisme serait au principe de la liberté subjective dont la geste du Christ sur Terre témoigne, Lui qui affirmait la liberté laissée à l’homme d’entrer en communion avec Dieu. Pour Jacques Maritain, il convient d’abandonner « la chrétienté sacrale », c’est-à-dire le modèle médiévale articulant la religion et l’Etat car ce régime nie la liberté voulue par Dieu. Le Concile Vatican II a définitivement porté sur les fonts baptismaux cette liberté de religieuse en 1965.

Ce principe étant, l’Eglise continue d’achopper aujourd’hui sur l’absence d’un droit naturel objectif et sur la quasi-omnipotence de la volonté du peuple qui lui permet de légiférer sur à peu près tout. Certes, cet immanentisme est un grand péril pour la dignité de l’homme et les partisans d’un retour à la Monarchie ont raison de le souligner. La morale naturelle, en assurant, par exemple, la défense de la famille promeut une société aux fondements solides. En outre, cette absence de transcendance ouvre la voie à toutes sortes de dérives dont notre siècle a été le témoin. On pense bien-sûr aux totalitarismes mais plus proche de nous à la légalisation de l’avortement qui entérine la disparition de 220 00 enfants par an pour la seule France !

Faut-il alors donner raison aux monarchistes ? A rebours d’un aménagement des structures politiques Jean-Paul II nous proposait plutôt une révolution spirituelle. Il faut, d’après lui, libérer l’esprit moderne par la morale chrétienne qui l’a engendré mais dont il s’est éloigné. Le christianisme doit donc devenir le foyer d’animation de la modernité. Le Pape polonais appelait de ses vœux la constitution d’une « chrétienté profane » qui accorderait à l’Eglise toute sa place dans l’espace publique et encouragerait par conséquent les chrétiens à se lancer dans une nouvelle évangélisation. Certes, c’est là un dur labeur, mais peut-être répond-il plus à l’appel apostolique du Christ. Oui, nos démocraties libérales sont souvent dures lorsque nos propos ne passent pas dans le lit de Procuste du politiquement correct, elles frappent d’ostracisme, brocardent. Mais au moins ne nous tuent-elles pas et par-delà des peines augurées (« Et vous serez haïs de tous à cause de mon nom » Matthieu 10 21) nous laissent-elles la possibilité de faire entendre notre voix. Finalement, la meilleure arme des chrétiens, ne serait-elle pas la Splendeur de la Vérité reconnaissable par chacun de nous mais dont l’Eglise nous aide à prendre conscience? Aujourd’hui, plus que jamais, les préceptes évangéliques apparaissent comme les remèdes aux maux de ce temps. Peut-être est-ce en ce sens que Jean-Paul II nous disait : « L’homme est la route de l’Eglise, l’Eglise est la route de l’homme ».

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