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Etudiant en master 2 de sciences politiques à l'Institut Catholique d'Etudes Supérieures à La Roche sur Yon, je voudrai me consacrer à la philosophie politique.

mardi 8 décembre 2009

Le regard vide de l’Europe

Les critiquent ne manquent pas à l’égard des limites et des impasses de la construction européennes : trop d’élargissement et pas assez d’approfondissement, primat du tout-économique, ou encore impertinence d’une véritable politique communautaire compte tenu des divergences des Etats finalement trop attachés à l’intérêt national. Mais on oublie bien souvent d’observer les fondements culturels du "vieux continent" et sur lesquels se bâtit l’Europe. Car l’Europe a bel et bien une spécificité susceptible de fournir ce dénominateur commun qui fait tant défaut aujourd’hui, ou du moins elle avait : la distance pris à l’égard de sa culture et son corollaire, l’autocritique.

A longtemps existé, en effet, une âme européenne qui constitue notre terreau culturelle et qui se décline selon une triple attitude : l’étude de notre environnement par la connaissance scientifique, la philosophie politique animé par la quête du meilleur régime et, enfin, le regard de l’âme tournée vers elle-même qui cherche à s’évaluer, à s’orienter selon le Bien moyennant une distanciation de la pensée sur elle-même.

Ce dernier élément, est plus que tous les autres, caractéristique de la culture européenne. Dans le septième chapitre de La République, Platon appelle le philosophe à s’extraire de son âme afin de s’élever au-dessus d’elle et de découvrir sa finalité, son télos. Ce texte est véritablement la matrice du souci d’éducation européen et de l’attention porté à la mise en forme de notre âme qui traversera les siècles.

L’avènement du christianisme et les écrits de Saint Augustin révolutionne le regard porté sur soi en transférant le centre de gravité de l’âme en Dieu. L’homme découvre désormais que le soleil platonicien n’est plus en dehors de soi mais dans l’intimité même de notre cœur. La distanciation est ici intériorisée.

Le tournant moderne va ensuite marquer un premier infléchissement du regard européen. Kant, par exemple, porte un coup d’arrêt à la métaphysique en affirmant que l’on ne peut connaître le monde, l’âme et Dieu même si nous nous devons de les penser. Ce refus de l’épistémologie se traduit par un regard transcendantal posé sur le « noumène » qui perpétue encore la mise à distance du sujet sur son idéalité, sa finalité.

La pensée européenne, en somme, est donc cette distanciation qui nous permet de mieux voir en nous, cette attitude à la fois intérieure et retirée, « la proximité d’un lointain » aurait dit Walter Benjamin. Le regard européen s’oriente vers trois horizons : le monde, la cité et l’âme ou de manière métonymique : Rome, Athènes et Jérusalem.

Cette spécificité européenne peut-être décemment affirmée au regard de son histoire. La pensée occidentale est critique, inquiète, tendue en avant dans le sens où elle ne cesse de viser un infini inatteignable. Elle a soif de comparaison avec les autres cultures et se remet perpétuellement en cause. L’Europe, par exemple, a toujours pris conscience de ses crimes et les a condamnées.

Ainsi, pour Patocka, le souci de l’âme est le trait essentiel de l’identité européenne. Or, notre modernité actuelle, tend désormais à se passer de ce souci de l’âme. Elle a refusé dans un premier temps le soubassement de l’âme européenne : le christianisme qui porte en lui l’universalité du message européen que l’on retrouve aujourd’hui dans les droits de l’homme. Mais ce refus de l’identité européenne se perpétue jusqu’en dans une forme sécularisé du désir d’infini. Il n’y a plus aujourd’hui cette volonté de mise à distance avec soi-même : l’individu s’enferme, devient despotique et ne s’impose plus cette quête de sens qui a fait la spécificité de l’esprit européen. D’autant plus que la tendance lourde de l’homme à retomber sans cesse dans une certaine vacuité spirituelle n’est plus compensée par une éducation censée tirer la personne vers le haut : dans nos universités, la réflexion tend à laisser la place à l’érudition.

A l’échelle de l’Union européenne, ce refus identitaire s’observe dans le domaine de l’immigration : l’accueil des nouveaux arrivants ne s’effectue plus sur la base d’un dialogue mais bien d’un monologue culturel. Pourtant, l’identité n’existe que par un jeu d’altérité. L’accueil européen est un accueil vide. Ainsi, paradoxalement, la mondialisation qui exporte les canons culturels européens aux quatre coins du globe ne charrie avec elle que la vacuité d’une identité non assumée. René Char avait bien perçu en son temps le refus d’entretenir la flamme européenne lorsqu’il écrivait s’agissant de l’Europe : « Notre héritage n’est précédé d’aucun testament ».

Pour plus de compléments à ce sujet voir l’œuvre du philosophe Jean-François Mattéi

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