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Etudiant en master 2 de sciences politiques à l'Institut Catholique d'Etudes Supérieures à La Roche sur Yon, je voudrai me consacrer à la philosophie politique.

mardi 8 décembre 2009

La politique est-elle morte ?


Depuis la fin de la seconde guerre mondiale et la domination des sciences sociales positivistes, la doxa progressiste véhicule largement l’idée selon laquelle la politique n’a plus sa place dans nos sociétés. Le tout-économique suffirait à régir les rapports entre humains puisque toute relation ne serait que le fruit d’une spéculation intéressée. L’homme réduit à une équation se voit alors substituer à l’art de vivre en société le simple calcul coût/bénéfice. Le rôle joué par nos gouvernements à l’échelle nationale ne serait que la transposition de cette attitude utilitariste et « maximisatrice ». Pourtant, le retour du rôle de l’Etat que l’on a constaté lors de la récente crise économique laisse penser que cet effacement est illusoire. Il semble bien que la politique soit naturelle à l’homme et que celle-ci joue un rôle déterminant qu’on ne saurait minorer.

Cela n’a pas empêché des théoriciens issus de la modernité d’envisager des sociétés sans Etat. Face au désir de liberté, les hommes sont, en effet, partagés entre la nécessité d’un chef pour conserver cette liberté et l’appréhension de la remettre dans les mains d’autrui. Marx, par exemple, ne voyait dans un gouvernement que la concentration des pouvoirs de la classe dominante qui lui permettait d’asseoir sa domination sur le prolétariat. L’auteur du Capital prônait donc la disparition de l’Etat. Mais l’expérience communiste nous a prouvé combien cette aspiration était éloignée de la réalité. Alors qu’il incombait à Staline de supprimer l’Etat, toujours celui-ci avançait un prétexte afin de le maintenir : révolte de paysans, présence persistante des « bourgeois saboteurs » puis enfin l’encerclement des « impérialistes ». Staline a d’ailleurs finit par passer au caviar les écrits de Lénine qui imposaient un effacement progressif puis définitif de l’Etat. De même, les libéraux du XIXèmeont cru que l’humanité, une fois parvenue à une certaine maturité pourrait se passer de la présence de l’Etat. La résurgence des grands conflits, l’apparition de crises mondialisées ont vite fait déchanter cette croyance.

Tenter d’amputer l’homme de ses attributs les plus ontologiques ne sert qu’à les faire ressurgir sous des formes plus sombres et déformés. Le politique se développe alors en sous-mains et se mue en des intrigues de couloirs et d’alcôves. Chassez le politique, et il revient dans un galop déchainé.

Aristote avait d’ailleurs déjà déduit que l’homme de par son langage était un animal destiné à la chose politique. Celui-ci tenait dès lors la polis comme une dimension fondamentale de l’homme, avec laquelle il devait composer. Car le pouvoir politique n’est pas un pouvoir comme les autres.

La politique tout d’abord, conditionne de par sa nature les autres activités de la société. Elle détermine, en effet, le mode d’existence de la vie en commun, c'est-à-dire qu’elle est susceptible d’exercer son pouvoir sur toute activité sociale que se soit pour la régenter arbitrairement ou pour lui laisser la liberté et l’autonomie qu’elle aura jugé bon de lui octroyer. De la politique dépend également la paix civile et la sécurité extérieure. Si le théoricien en sciences sociales peut rédiger ses ouvrages en toute tranquillité c’est parce que l’Etat lui assure les conditions nécessaires pour cela. C’est ainsi que Max Weber rendait à l’Etat le « monopole de la violence légitime » comme prérogative absolue.

En outre, la manière de vivre est différente d’un Etat libéral à un Etat autoritaire. Il ne s’agit plus ici de la part de détermination mais d’influence que confère le politique. Un pouvoir arbitraire, bien souvent, suscite des émules et engendre la violence. Il donne le ton des rapports entre humains. Ainsi, sous un régime tyrannique les mœurs sont plus violentes alors qu’elles sont plus douces sous un régime libéral.

Si le rôle clef de la politique est donc si peu visible, c’est peut-être justement grâce au succès qu’elle rencontre dans nos démocraties modernes. Mais dès que survient une crise, la dimension architectonique de la politique éclate à nouveaux aux yeux de tous. Nier la politique comme attribut naturel de l’homme et refuser de voir son rôle décisif sur la vie de tous, c’est se masquer la réalité des rapports humains. Là où il n’y a pas d’ordre, le désordre se fait seul. Ne pas l’admettre, c’est abandonner ses prérogatives de citoyens aux mains d’une minorité de professionnels de la politique qui auront beau juger d’en user à leur discrétion.

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